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mardi 25 mars 2008

L'école prend la place des parents

Voici le témoignage d'une ex-enseignante Française qui est fort intéressant et inspirant. Nous le publions ici car cet écrit rejoint exactement tout ce qui nous tient à coeur, tout ce en quoi nous croyons à LEMAQ. Nos remerciements à cette grande dame pour la générosité dont elle a fait preuve en offrant gratuitement son témoignage sur Internet avec permission de le reproduire.

Heïdi

P.S. J'ai choisi, comme titre de publication, le titre d'un paragraphe que j'aime particulièrement.

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Aller à l’école ? Autonomie et éducation / instruction
Témoignage issu de la rencontre AMP en août 2006 dans le Limousin

Décollage
Je suis donc S. (50ans), la mère de P. (19 ans) et A. (16,5), instit de profession et en disponibilité pour convenances personnelles.

Quelques mots sur mon parcours professionnel :
j’ai toujours beaucoup aimé mon boulot : et le partage des connaissances, et le fait que j’avais affaire à des personnes, et la liberté théorique que nous avons pour enseigner. Bien sûr, on peut toujours tomber sur des inspecteurs-trices qui nous démolissent, mais je suis quand même plusieurs fois tombée sur des supérieurs qui ne rejetaient pas mes démarches et questionnements en bloc... C’est aussi un travail où on peut changer de poste. Je me suis intéressée aux pédagogies « alternatives » (Freinet, Montessori, ...) et j’ai plutôt choisi des postes pas trop « classiques », maternelle, classe de transitions, remplacements...

La famille – l’école :
Le vrai choc pour moi a été de découvrir que la famille est beaucoup, beaucoup plus importante que l’école. J’ai découvert ça quand mes filles ont été scolarisées ; malgré des choses qui pouvaient être considérées comme des handicaps (je les ai élevées seule, nous n’avons jamais eu la télé, nous avions peu d’argent...), mes filles réussissaient bien à l’école ; je découvrais en même temps dans mon travail combien un peu d’attention pouvait aider les élèves en difficultés. Puis j’ai eu des ennuis avec l’administration de l’éducation nationale, et j’ai été suffisamment choquée pour décider de m’arrêter de travailler. A ce moment, j’ai rencontré une compagnie de théâtre itinérante dont le couple dirigeant cherchait quelqu’un comme moi pour suivre la scolarité de leurs enfants en tournée ; ayant vu de près le collège avec ma fille aînée, je me suis décidée à tenter l’aventure, d’autant que je ne me voyais plus enseigner dans la région où j’étais. Nous sommes donc parties en tournée, et j’ai tâché d’organiser l’ « école » pour « mes » 4 élèves du mieux que je pouvais, compte tenu de mes expériences passées. Petit à petit m’est apparu un fait incontournable : le seul impératif de n’importe quel apprentissage est la motivation personnelle, impossible à allier à une obligation scolaire ; j’ai donc eu de moins en moins d’exigences scolaires, et à la fin j’ai préféré arrêter ce travail dans lequel je me sentais en porte-à-faux avec mes convictions. La rencontre avec des gens de LEDA (*) m’a aidée à y voir clair, et il me semble maintenant que toute ma carrière d’instit a trouvé son aboutissement naturel dans la non-scolarisation (« non-sco », ou « école à la maison », ou « instruction parentale »).

(*) LEDA, association « Les Enfants D’Abord », l’une des 3 associations françaises qui regroupe les parents ayant fait le choix de l’instruction parentale pour leurs enfants ; d’autres parents qui ont fait ce choix se rattachent au mouvement « Montessori », d’autres encore le font pour des raisons confessionnelles, ces parents ne font pas forcément partie d’associations.
J’ai maintenant quelques certitudes (?) et pas mal de questions que j’expose ci-après : tout ça n’est ni très construit, ni très abouti, j’en ai bien conscience. Mais je ne suis pas sûre que le construit et l’abouti soient toujours tellement bien, ou mieux, d’autant plus que, bien sûr, ces réflexions sont appuyées sur mon propre fonctionnement, et nous ne fonctionnons pas tous pareils (heureusement ! mais on ne peut pas dire que notre système scolaire en tienne compte...). Je voudrai insister sur un constat qui me semble important, à savoir que mes réflexions prennent racine dans mon vécu, très profondément, d‘une façon dont je n’ai pas vraiment conscience, et que ceci doit être valable pour chacun-e ; il me semble que souvent les gens qui affirment des « vérités » occultent ce fait. En particulier, mes réflexions sont très influencées par le fait que je vis plus proche de la nature que bien d’autres personnes.

La non-sco est d’abord pour moi un choix politique
au sens large du terme, l’école étant à l’évidence un pilier de la société dans laquelle nous vivons. Je suis résolument contre le système scolaire parce qu’il est profondément lié, qu’on en ait conscience ou non, à la société dans laquelle nous vivons et qui est si loin de tout ce qu’on pourrait en attendre et de tout ce qu’on croit à son sujet. Le principal problème est la hauteur de notre niveau de vie qui n’est possible que par l’exploitation de nombreux autres pays, et ceci est inacceptable, sans oublier les mensonges dans lesquels nous baignons, dont nous avons plus ou moins conscience et qui nous permettent de vivre dans nos sociétés « riches ». On peut aussi refuser notre mode de vie parce qu’il détruit notre environnement, et donc notre futur. Ivan Illich a dit tout ça bien plus tôt et bien mieux que moi.

J’explicite ci-après quelques conséquences des structures de notre système scolaire.

L’obligation scolaire :

je suppose qu’on peut la comprendre par l’histoire ; je pense à toutes ces personnes qui ont acquis des connaissances scolaires en même temps qu’elles travaillaient, et bien sûr elles ne pouvaient rien imaginer de mieux que de permettre à leurs enfants d’apprendre en ayant que ça à faire. Mais le moins qu’on puisse dire est que les résultats ne sont pas du tout à la hauteur des attentes.

  • cette obligation scolaire a amenée des structures matérielles très lourdes (les établissements scolaires), du moins dans nos pays riches (ce doit être une des bases de l’humain d’essayer de donner le meilleur à ses enfants). Mais je me demande aussi dans quelle mesure cette accumulation de matériel ne remplace (justifie ?) pas la pauvreté de l’être, en bon reflet de notre société si matérialiste… Ceci vaut aussi à mon sens pour toutes les écoles parallèles.
  • quand on y réfléchit un peu, on trouve que c’est absurde d’être obligé d’apprendre : mais ce point est très difficile à discuter, parce qu’il correspond en fait à des convictions intérieures, je ne vois pas comment quelqu’un pourrait prouver ou infirmer que l’obligation est une condition sine qua non de tout apprentissage ; mais par contre, ce qui est sûr, c’est que cette obligation n’est pas sans conséquences.
  • et la conséquence la plus grave à mes yeux, c’est cette certitude que nous sommes si nombreux à avoir que, pour apprendre, il faut un mentor, qui dise quoi apprendre, comment apprendre, quand apprendre et où apprendre ; ça fait beaucoup de diktats, non ? et en plus, ça enlève toute motivation personnelle des enseigné-e-s ; en d’autres termes, on apprend comme on consomme (on apprend à consommer ??). Et, que pour toute chose importante, le mieux, c’est de faire confiance à des « spécialistes »... Ça empêche aussi toute connaissance de soi, de « comment je fonctionne, comment je progresse, ce que j’aime ce que je n’aime pas, comment je me situe par rapport aux autres, par rapport au monde, ... ».

L’ « artificialité » de l’école
le fait que l’école soit tout à fait un espace-temps à part : C’est d’ailleurs peut être une des caractéristiques de nos sociétés « riches en biens matériels », ces multiples divisions.

La répartition en classe d’âge:
d’une part, ce critère très artificiel ne permet pas grand-chose d’autre au niveau relationnel que la compétition, d’autre part il nous fait trouver normal le découpage social en groupe d’âge…quelle pauvreté…et quelle malédiction le « jeunisme » en vogue : pour les jeunes, vu que dès que tu en as conscience, tu trouves plus jeune que toi, et pour les vieux qui doivent passer leur temps à faire semblant d’être jeunes, sans même pouvoir utiliser leurs acquis... Je pense aussi que cette organisation pousse à l’individualisme : joint au matérialisme, je me dis que ce n’est pas étonnant qu’on n’arrive pas à résoudre les problèmes écologiques majeurs qui sont justes devant nous.

Les connaissances découpées en matières :
on retrouve la soumission aux spécialistes : qui leur apprendra que le tout n’est pas la somme des parties ?? Comment pourraient-ils-elles avoir une vision globale des choses ??? Ça donne des absurdités, comme l’acharnement thérapeutique, ou les OGM, quand les chercheurs-euses ne comprennent pas pourquoi les essais en plein champ ne donnent pas les mêmes résultats qu’en laboratoire...

La prééminence des matières intellectuelles sur les manuelles :
Et maintenant, on est étonné de constater que la nature a des limites, qu’on ne peut pas consommer autant qu’on le « voudrait » (?), et que la pollution nous rend malade... On n’a plus non plus tellement idée de la complexité des systèmes vivants... Je pense au « slogan » : « 80 % d’une classe d’âge au bac » !! Ça n’a tout simplement pas de sens... Il n’y a que des gens qui ne sont jamais sortis du système scolaire qui peuvent penser que ça donnerait une société idéale ; ils n’imaginent même pas le nombre de gens qui, contrairement à eux-elles, se réalisent en travaillant manuellement... Et ce « slogan » absurde pose le bac comme un but dans la vie !!

Le système d’évaluation :
je ne vois pas comment on peut reprocher aux enseigné-e-s de ne pas se passionner pour les notes... Et encore, ils-elles sont si bonne pâte qu’ils-elles y croient quand ils-elles sont petit-e-s, ils-elles croient ce qu’on leur dit... C’est vraiment quelque chose que j’ai du mal à comprendre : rien, selon moi, ne peut remplacer le plaisir de l’apprentissage, je ne dis même pas le plaisir de la réussite, parce que quelle que soit la chose qu’on fasse, on se rend quand même vite compte que plus on pratique, plus c’est facile et mieux fait, et aussi que le soin apporté à ce qu’on fait améliore toujours...

L’état d’assistanat des enseignés, des jeunes :
je suis aussi très questionnée par l’état d’assistanat dans lequel sont maintenus les enfants et ados dans nos sociétés riches ; d’une part je ne vois pas en quoi le « travail » est dégradant, ou mauvais, et d’autre part il me semble que le travail justement est plutôt enrichissant, et bien sûr pas seulement en argent ; je ne parle pas que du travail rémunéré, mais des travaux quotidiens, de la cuisine à la vaisselle en passant par les réparations mécaniques ou la menuiserie (remarque, je suis aussi impressionnée par notre dépendance à nous les adultes à tous les objets que nous utilisons au quotidien)... En même temps, il me semble que j’ai souvent trop travaillé (une angoisse du futur due à ma situation de mère célibataire... mais aussi classique de notre société dans laquelle plus on a, plus il faut protéger ce qu’on a, l’entretenir...), mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de voir dans la diversité des expériences de travail un enrichissement.

Les professeur-e-s : de nouveau des spécialistes...
peut être que je suis bizarre, mais franchement, apprendre à quelqu’un-e quelque chose que tu sais, ce n’est pas intéressant ; ce qui est passionnant, c’est le partage. Peut-être que je me trompe, mais je pense que les profs qui aiment leur boulot travaillent avec les élèves avant de travailler avec la matière qu’ils-elles enseignent. Et c’est vrai que c’est tout à fait passionnant de se sentir aux côtés des élèves. Mais on ne peut pas dire que la structure favorise ce genre de façons de faire, c’est plutôt le contraire !

Personnellement, j’ai plutôt l’impression que les profs se font avoir comme les élèves par le système, mais il est souvent trop tard pour changer quand on s’en aperçoit. En plus, la grande majorité des enseignant-e-s sont complètement déconnecté-e-s de la société des actifs, ils-elles sont vraiment à part. Personnellement, je n’ai jamais osé penser que j’apprenais des choses à mes élèves : je savais simplement que je mettais à leur disposition au mieux de ce que je pouvais des éléments susceptibles de les aider dans leurs apprentissages ; je ne vois pas comment on peut « apprendre quelque chose à quelqu’un-e » ; il me semble bien plus juste de simplement s’émerveiller devant les apprentissages, les siens et ceux des autres, s’émerveiller devant toute cette complexité mise en jeu dans le temps, l’espace, avec d’autres et/ou seul-e...

L’école prend la place des parents :
il suffit d’observer un enfant en train d’apprendre à marcher, ou à parler, pour s’apercevoir qu’il-elle n’a qu’une envie, progresser et imiter ses parents ; et rien ne peut remplacer, ni la responsabilité des parents dans le devenir des enfants, ni l’amour qu’ils lui portent. Une des blagues qui circulent dans LEDA dit que quand l’Etat se chargera d’apprendre à marcher aux enfants, on découvrira que 10 % d’entre eux sont « dysjambiques », puis on trouvera les « dyspiediques », puis les « dyschevilliques » ...

De plus, se charger volontairement de l’instruction de ses enfants, en plus de leur éducation (comme c’est encore plus ou moins normal dans nos sociétés) peut permettre à chaque parent d’être plus clair sur ses priorités : confier ses enfants la majeure partie du temps à une institution permet à l’évidence d’avoir du temps pour soi, temps que la majorité des parents consacre au travail rémunéré, course sans fin à l’avoir et à la consommation, qui nous mène droit dans le mur (il me semble que l’une des constantes de nos sociétés « riches en biens matériels » est le fait que les riches deviennent plus riches, et les pauvres plus nombreux... ne travaillons-nous tous et toutes que pour ce résultat Dans l’institution scolaire, il me semble qu’on peut voir une « rentabilisation économique » de l’ « élevage des petits humains ».

Il est aussi évident que le souci constant de ses enfants peut donner l’occasion de réfléchir à son travail, à son rythme de vie, plus à l’écoute de soi en particulier ; de même, être les personnes référents de ses enfants, qu’ils-elles voient au quotidien, donne une autre dimension à ce quotidien. Il me semble d’ailleurs que les catastrophes écologiques qui sont justes devant nous ne sont sans doute pas étrangères à cette séparation enfants-parents, les parents pensant faire au mieux en déléguant l’instruction de leurs enfants (avec la tentation de déléguer aussi leur éducation d’ailleurs), même leur futur...

Le consensus généralisé pour imposer nos systèmes scolaires aux pays dits « pauvres » :
sauf que nos systèmes scolaires développent des sociétés qui n’ont aucun avenir, moralement, économiquement et écologiquement soutenable, nous savons tous et toutes que nous ne pouvons continuer comme ça, sans parler des problèmes humains de nos sociétés. Il ne faut pas réfléchir longtemps pour savoir qu’il est impossible que tous les habitants de la terre aient notre niveau de vie (celui-ci nous apporte-t-il le bonheur d’ailleurs ?) : nous consommons 2 planètes de matières premières, nous polluons la terre entière, nous vivons, nous Français en particulier, en partie sur nos exportations d’armes (la France, 3ème producteur d’armes au monde...), bref, nous rendons la terre invivable, matériellement parlant... mais nous continuons vaillamment à maintenir notre niveau de vie et à considérer qu’il est le seul valable !!! Et nous calmons nos consciences en donnant de l’argent pour que les enfants des pays dits « pauvres » aillent à l’école, en évitant toujours de prendre conscience que leur pauvreté économique est étroitement liée à notre richesse... et nos poubelles continuent à déborder... Nous avons énormément de connaissances d’un certain type, autant que de déchets sans doute, mais nous n’avons aucune idée de ce à côté de quoi notre civilisation écrite nous fait passer ; je ne vois pas en quoi une civilisation orale serait moins « bien » qu’une civilisation écrite, à part le fait que nos civilisations écrites se sont trouvées tellement supérieures aux autres qu’elles sont en train de les exterminer...

L’argument qui énonce qu’il faut que les pays dits pauvres aient accès à l’instruction pour pouvoir lutter à « armes égales » avec les pays dits riches ne souligne que notre croyance en notre système de développement, pendant même que nous constatons tous les jours sa faillite... Il me semble qu’au contraire on devrait se dépêcher d’apprendre d’eux ces autres façons de vivre qui rendent possible l’avenir... A mon avis, les pays dits pauvres s’en sortiront quand nous cesserons de les piller (et nous faisons même des guerres pour ça...) et de maintenir en place leurs dictateurs.

Quant aux enfants des classes défavorisées de nos pays « riches en biens matériels », que leur reste-t-il quand ils-elles ont acquis la certitude que non seulement leurs parents sont défavorisés, mais qu’en plus ils-elles n’ont quasi aucune chance de s’élever dans l’échelle sociale ? Il leur reste la violence...

Beaucoup de personnes défendent avec acharnement et constance des idées et des réalisations pour réformer l’école : comment se fait-il que ces personnes ne peuvent voir que l’argent qui dirige le monde ne permettra jamais à aucune école de former des citoyens libres et responsables ????? (cf les expériences d’ « écoles différentes » qui durent depuis 20 ans...)

NB: à l’attention des parents et futurs parents qui ont lu ce texte
Puisque vous avez lu ce texte, vous êtes dans les privilégiés de notre société (elle-même privilégiée... enfin, bourrée jusqu’à la gueule de biens matériels...) ; certainement quelques un-e-s de vos enfants souffriront à l’école, mais certainement aussi vos enfants « s’en sortiront » globalement ; l’école ne permet qu’à quelques rares enfants de s’élever dans l’échelle sociale, la grande majorité des « enfants de parents défavorisés » souffrent vraiment et longtemps pour bien se mettre dans la tête qu’ils-elles ne « s’en sortiront » pas ; et les enfants des privilégiés apprennent que, quoi qu’il se passe pour eux à l’école, ils-elles s’en sortiront ; à chaque parent de faire son choix : donner à sa propre descendance les moyens de se maintenir parmi les privilégiés (en se fermant les yeux sur les coûts réels de ce maintien)... ou essayer autre chose.

Ci-après, l’ « avertissement », puis le début du premier chapitre qui constitue le prologue du livre

« Libérer l’avenir » d’Ivan Illich
recueil de textes publié en 1970... (j’ai lu en diagonale plusieurs de textes d’Illich quand j’étais jeune, et je regrette profondément maintenant de ne pas y avoir prêté plus d’attention ... mes expériences m’ont amené à faire les mêmes constats que lui (sauf sur l’instruction parentale, en partie je pense parce qu’il n’a pas eu d’enfant) mais il me semble que la terre n’a plus de temps à nous accorder pour que nous fassions chacun-e nos expériences...)

"Dans chaque chapitre de cet ouvrage on retrouvera la marque d’un effort qui vise à remettre en question la nature d’une certitude. Chacun d’eux, par conséquent, entend dénoncer une supercherie qu’entretient l’une de nos institutions. Les institutions créent des certitudes, et dès qu’on les accepte, voilà le cœur apaisé, l’imagination enchaînée..."

Je vous appelle, nous sommes nombreux à vous appeler, certains que je ne connais pas et d’autres que je connais, nous vous appelons :

· à célébrer ce pouvoir que nous avons ensemble de subvenir aux besoins qu’ont tous les êtres humains de se nourrir, se vêtir, s’abriter afin qu’ils se réjouissent d’être en vie ;
· à découvrir, ensemble et avec nous, ce que nous devons faire pour mettre la puissance de l’homme au service de l’humanité, de la dignité et de la joie de chacun d’entre nous ;
· à être conscient et responsable de votre capacité personnelle d’exprimer vos sentiments véritables et de nous rassembler tous ensemble dans leur expression."

http://tomate.poivron.org/Aller_%C3%A0_l%27%C3%A9cole

vendredi 18 mai 2007

Si mes enfants étaient allés à l’école

Si mes enfants étaient allés à l’école, j’aurais pu faire carrière dans ma profession !
J’étais infirmière puéricultrice, je serais aujourd’hui cadre infirmier, surveillante d’un service hospitalier ou enseignante dans une école d’infirmière puéricultrice...ou alors j’aurais fait 13 ans dans le même service de Protection Maternelle et Infantile des Mureaux, sans réelle promotion ! Est-ce que cela m’aurait plus épanouie ?
Dans ma non profession, j’ai exploré à fond tout un tas de compétences, j’ai découvert des perspectives passionnantes à mon rôle de mère à 100%. Je suis devenue un cadre supérieur dans ce domaine. Ce que je pourrais exploiter plus tard, si je retrouve le monde du travail.

Si mes enfants étaient allés à l’école, j’aurais aujourd’hui une vraie reconnaissance sociale en ayant poursuivie ma profession.
Et au moins à la question : « Quelle est votre profession ? » je ne répondrais pas « sans ! ». Mais cette réponse peut souvent être enrichie et les débats qui s’en suivent sur la liberté du choix d’instruction sont souvent très riches.
Et aurais-je été aussi mobile que je l’ai été ? Serions-nous installés dans une maison en bord de mer ? Sans travail pour moi, nous avons pu déplacer toute la famille facilement quand le papa s’est vu offrir une opportunité à Saint Malo. Et nous pouvons librement le rejoindre à Paris, maintenant qu’il y est reparti sans pour autant renoncer à notre vie de bord de mer ; parce que je n’ai pas d’emploi, et car les enfants ne vont pas au collège.

Si mes enfants étaient allés à l’école, nous aurions deux salaires et donc plus d’argent.
Que nous aurions dépensé en mode de garde, en dépenses diverses et variées (vêtements, cantine, moyens de transport...) pour faire face à une socialisation importante.
Difficile de faire avec un seul salaire, mais les dépenses sont moins importantes tout de même et plus facile à compresser.

Si mes enfants étaient allés à l’école, leurs frais de scolarité n’auraient pas été à notre charge.
A condition de les scolariser dans le public tout de même. Et certes, je paye tous les manuels ou méthodes diverses, les sorties .... mais au moins nous avons le choix de ce que nous achetons, et sommes capables donc de cibler nos préférences, et mes enfants ne sont pas tributaires de choix qu’ils n’ont pas fait.
Je me sens ainsi également complètement responsable de l’éducation de mes enfants, et non dépendante d’un état.

Si mes enfants allaient à l’école, ils auraient pleins de copains.
Et passeraient plus de temps avec leurs copains qu’avec leur famille, finalement ils seraient plus liés à leur groupe d’amis qu’à leur famille. A la maison, les enfants sont meilleurs amis entre frères, à force d’être ensemble des liens très forts se sont établis, une grande complicité entre eux existe. Ils ont des copains, mais n’en sont pas dépendants. Ils aiment être en compagnie d’autres jeunes, mais apprécient largement de se retrouver seuls tranquilles à la maison.

Si mes enfants allaient à l’école, j’aurais plus de temps pour moi.
Et donc j’irais travailler, et je ferais la double journée des femmes qui ont une activité salariée et une famille à élever...Aurais-je plus de temps pour moi ?
Le temps où j’élève mes enfants ne correspond qu’à à peine un cinquième de ma vie (et oui ! je vais vivre jusqu’à au moins 100 ans et en bonne santé bien sûr !), c’est donc peu long, je crois que je peux bien leur consacrer ce temps. Du coup, à être autant avec eux, je connais bien mes enfants et ai toujours eu l’impression de bien profiter d’eux, ce qui fait que je n’ai pas de difficulté à les laisser partir et ne ressens pas de manque quand ils ne sont pas avec moi. C’est vrai que ce temps passe vite, je n’aurai pas de regret, j’en profite au maximum.

Si mes enfants allaient à l’école, nous aurions une vie mieux réglée, plus régulière.
C’est sûr qu’à la maison, un rien vient bouleverser le déroulement de la journée, et il faut avoir de la volonté pour ne pas se laisser déconcentrer par la vie !(mais n’est-ce pas plutôt ça la vie, être disponible à la vie)
Quelle liberté aussi !
Et la vie comporte moins de stress pour les enfants : réveil plus naturel, à une heure plus raisonnable, repas équilibrés et pris dans le calme, bref un rythme de vie beaucoup moins stressant qui laisse place aux initiatives personnelles. Pour les enfants et également pour moi ! J’ai aussi moins besoin de les presser et d’être exigeante (sur la tenue vestimentaire par exemple) et j’ai donc moins de raison de râler.

Si mes enfants allaient à l’école, le poids de leurs études ne pèserait pas sur moi.
C’est sûr que c’est une sacrée responsabilité et j’essaye d’aménager les choses au mieux pour moi aussi. Mais, au moins, je me sens responsable jusqu’au bout, et actrice dans cette responsabilité et non totalement démunie face à un corps enseignant tout puissant. Je connais beaucoup de parents désemparés et impuissants face à ce que l’on propose à leurs enfants comme orientation en fin de collège.

Si mes enfants allaient à l’école,...
Si mes enfants allaient à l’école,...
Si mes enfants allaient à l’école,...

Je crois que je pourrais continuer longtemps comme cela.
J’ai été un peu nombriliste dans ce post, et ai peu parlé de ce que cela apporte à mes enfants de ne pas aller à l’école. J’ai peu parlé en terme d’apprentissage, et en terme de liberté d’instruction. En 12 années d’IEF peut être que je fatigue un peu sur ce thème. De plus, j’ai fêté mes 40 ans, il y a peu, et c’est le moment de me pencher un peu plus sur moi...c’est souvent l’heure du bilan personnel. C’est ce qui m’arrive, après m’être beaucoup interrogée sur mes enfants, j’observe un retour sur moi. Se profile à l’horizon le moment où mes enfants vivront leur vie hors de la famille et je sens que, doucement, se prépare ce moment dans ma tête. C’est important, car ils occupent une place énorme dans mon quotidien.

La Fée Viviane
Ce texte est reproduit ici avec la permission de l'auteure. LEMAQ l'en remercie.

dimanche 18 février 2007

Complices des Enfants
par Léandre Bergeron

Les parents sont des gens dangereux. Mais, les éducateurs le sont davantage car ils n’ont aucun engagement profond vis-à-vis l’enfant. Il n’ont que leurs petits intérêts représentés par leur salaire. Entre deux maux, au nom de nos enfants, choisissons le moindre. Comme parents, tout dangereux que nous sommes, assumons l’entière responsabilité de l’épanouissement de nos enfants. Ne la refilons pas à d’autres, car, alors, ce n’est pas l’épanouissement mais la catastrophe. Assumer cette responsabilité c’est refuser la rupture qui se produit quand, en tant qu’adulte, nous laissons s’infiltrer entre nous et l’enfant, la destructive pensée de ce que l’enfant doit être, doit savoir. (Évidemment, tant et tant d’adultes ne peuvent même pas sentir le danger de cette rupture, car ils sont en perpétuel était de séparation avec eux-mêmes, avec les autres, avec leurs enfants. Et les enfants sont alors objets, à posséder, à contrôler, à mettre en boîte, une pâte visqueuse à modeler selon un idéal social, aberrant par définition.)

L’école est, par définition, cette rupture. On nous kidnappe nos enfants pendant les meilleurs heures de la journée pour nous les rendre, tout croches, épuisés, et « Occupez-vous-en maintenant car demain on recommence. L’enfant dit « Je ne veux pas aller à l’école ». Il ne veut pas cette rupture, cette séparation, ce déchirement. Il pleure, il crie. Si on s’est habitué aux pleurs, aux cris de nos enfants, si on est soi-même « éducateur », si on a soi-même embarqué dans l’idéologie du divorce, du devrait être, on dit : « C’est un caprice. Marche à l’école ». Ou on le cajole avec du nanan. À l’américaine, on dore la pilule en disant : « Come on, Johnny, school is fun! Mais si on n’a pas embarqué dans cette machination aliénante, on dit à l’enfant : « Tu as raison. Reste avec moi. » Mais alors, grands dieux, son éducation?!! Et la peur renaît. Que faire ?

Faire son « éducation » à la maison? Faire la même chose qu’à l’école mais en dorant la pilule ? Se fendre en quatre pour rencontrer les soi-disant normes de l’écoles ? * Et se retrouver en bout de ligne, épuisés, avec à peu près les mêmes résultats ? Non, merci. Si, comme être humains, on a refusé la rupture avec ceux qui sont sortis de nos corps, nos, enfants; si on est soi-même assez décroûté pour écouter nos enfants quand ils nous parlent pour nous dire qu’ils ne veulent pas se faire traiter comme des chiens savants, alors là, on fiche par-dessus bord tous les programmes, toutes les « normes », toutes les incessantes comparaisons, les tests, les appareils de torture de l’esprit humain; on se vide de tous ces schémas conformistes, ces cadres de pensée qui emprisonnent et l’on embrasse son enfant et la vie. Et on l’écoute.

On ne lui dit plus : « Il faut que tu saches ceci à ton âge, etc. » On rompt définitivement avec le devrait savoir, le devrait être, le devrait penser, le devrait faire. On lui fiche la paix. On le respecte. On voit à son bien-être, c’est-à-dire qu’on devient son complice. Ensemble, on est complices, envers et contre tout et tous s’il le faut. Et là, tout change.

Quand l’enfant sent dans la profondeur de son être que l’adulte dont il dépend pour survivre n’est pas son geôlier mais son complice dans l’action de vivre, il veut tout savoir, tout apprendre, tout connaître, mais en temps et lieu. Et il s’ouvre comme une fleur au soleil. Et là, plus d’effort. Tout vient. Ses questions surgissent. Et on répond à toutes ses questions dans l’humilité car, en fait, on en sait pas grand-chose. Et quand il pose des questions auxquelles il n’y a pas de réponse, on partage avec lui la question sans réponse. « Qui a créé le monde? » Aucun être humain un peu sensé ne donnera de réponse à cette question. On partage le « je ne sais pas » et dans ce partage du « je ne sais pas », non pas la peur, mais l’émerveillement, qui est le premier pas vers la sagesse. Ceux qui savent, ne savent rien. Ils croient savoir. Ils « s’expliquent » le monde avec des formules pour se rassurer. De la poudre aux yeux. Regardez aller nos intellectuels dans tous les domaines. Ils croient savoir et quel désastre ils ont fait et continuent de faire de ce monde.

Nos intellos ont créé des camps de concentration appelés écoles où l’on concentre notre jeunesse dans des abstractions, loin de la vraie vie tout en leur racontant qu’on les prépare à la vie. Concentre 20, 30 enfants dans une boîte de béton avec un intello qui croit savoir et monnaie ce petit « savoir » au nom de l’ « instruction publique », quelle indécence ! Nos enfants veulent embrasser le monde, la vie, et on leur offre des blocs de béton fluo à regarder avec un clown, devant, qui se démène dans l’abstrait. Conditionnés à l’école à n’être que des voyeurs à travers l’abstraction de la langue et des gadgets pédagogiques, il n’est pas surprenant qu’abrutis de la sorte ils soient, à la maison, voyeurs de télévision et dans la rue, des vandales. L’école produit les vandales et les drogués qui encombrent les rues des villes comme elle produit ceux qui réussissent, ces autres drogués, mais légitimes ceux-là, droguées de petits pouvoirs sur les autres, politiciens, entrepreneurs, administrateurs, professionnels.

On a dit, il y a cent ans : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons. » Belle illusion de fin dix-neuvième. On bâtit toujours autant de centres de détention qu’on bâtit d’écoles, et les prisons sont tellement pleines que s’il fallait détenir tous ceux que la « justice » veut enfermer, on y retrouverait à peu près en nombre l’équivalent de la population scolaire actuelle. La détention de nos enfants dans les écoles est un crime contre l’humanité.

On détient nos enfants au nom de leur éducation, mais, en fait, quelle est cette « éducation »? C’est d’abord et avant tout l’obéissance. On leur apprend à se soumettre. Autrefois, c’était se soumettre aux diktats de l’église. Aujourd’hui, c’est aux diktats de l’état. Changement de costume, c’est tout. Mais toujours le même terrorisme. « Si tu sais pas ceci, cela, t’auras jamais de job! » On fait peur aux enfants pour qu’ils se soumettent. Or, la soumission au régime de l’État et de la « bonne » société qui en contrôle les rouages est un dressage social, dressage de petits singes savants qui doivent fonctionner dans cette société pourrie d’ambition, de cupidité et d’égoïsme éhonté, cancers sociaux causés eux-mêmes par la peur, la peur de ne pas être, de ne pas être quelqu’un, de ne pas être accepté, etc.

L’école se sert donc de la peur pour perpétuer le régime de la peur. L’école perpétue le cercle vicieux. Elle joue bien son rôle. Or, il semble qu’au fond de nous-mêmes nous sentons que nous ne sommes pas nés pour n’être que des singes plus ou moins savants (cela tous les décrocheurs le manifestent instinctivement). Il semble que, si nous sommes nés pour quelque chose, c’est bien pour la liberté. Parmi toutes les « libertés » que nous cherchons, il s’agit de la fondamentale, se libérer de la peur. Pour briser le cercle vicieux et infernal de la peur, il faut le briser quelque part et ce lieu est en soi-même. Cela fait, les évidences sautent aux yeux et on voit que si la nature a été assez généreuse pour nous donner charge d’enfants, il va de soi qu’on ne va pas les soumettre à un régime de peur. On ne les envoie pas à l’école. On s’en charge soi-même. On leur permet de se développer dans la liberté.

S’en charger soi-même c’est vraiment se décharger du poids des conformismes, des devrait être, devrait savoir, devrait faire. Et on se rend compte du poids qu’ils sont quand on les met à terre. On se sent léger, rajeuni. Comme les enfants eux-mêmes (s’ils ne les portent pas déjà). La complicité s’installe. On fait confiance aux enfants. Et on découvre en eux un sens de la vérité plus fort que chez n’importe quel philosophe patenté; un sens de la justice qui ferait pâlir la Cour Suprême; un sens de l’honnêteté à faire frémir tous les politiciens, un sens de la beauté qui met au rancart toutes ces « expressions artistiques » sonores, visuelles, littéraires; un sens moral qui est vitriol sur le masque des bien-pensants, une générosité à faire rougir les preux chevaliers d’antan.

Quand on se rend compte du potentiel de changement social que représentent les enfants qui ne subissent pas la rupture, on comprend pourquoi la société adulte, pétrie de peur qui amène avarice, lâcheté, bassesse, soumission, s’imposerait de mettre au pas par son système scolaire ces agent libres que sont nos enfants à leur arrivée parmi nous.

Et on comprend mieux les paroles d’un décroché qui a dit en passant : « Si vous ne redevenez pas comme les enfants, you’re going nowhere. »


* Note LEMAQ : Où pour rencontrer les procédures suggérées par une association provinciale ?

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Gaia écrit maintenant sur son blog personnel Apprentissage Infini