

« Quelle portion de notre éducation est véritablement constructive, réellement consentie? Le travail manuel est trop souvent réduit à la confection de quelques objets fabriqués sous l’œil d’un expert. Même le système Montessori, reconnu comme un système d’enseignement imaginatif dirigé, n’est qu’un moyen artificiel de faire apprendre à l’enfant par l’activité. Je ne vois là rien d’imaginatif.
À la maison, on force constamment l’enfant à apprendre quelque chose. Dans presque tous les foyers, il y a toujours un adulte sans maturité d’esprit qui se précipite pour montrer à Tommy comment fonctionne son nouveau train électrique. Il y a toujours quelqu’un qui met bébé sur sa chaise quand il veut examiner quelque chose sur le mur. Chaque fois qu’on montre à Tommy comment marche son train électrique, on lui vole sa joie de vivre—la joie de la découverte—,la joie de vaincre l’obstacle. Bien pis, on l’amène à croire qu’il est inférieur et dépendant d’une aide extérieure.
Les parents sont lents à comprendre que l’enseignement donné à l’école ( ou dans leur école à la maison ) n’a vraiment aucune importance. Les enfants, comme les adultes n’apprennent que ce qu’ils veulent. Tous les prix, toutes les notes, tous les examens ne font que dévier le développement naturel de la personnalité. Seuls les pédants prétendent que l’on s’instruit dans les livres.
Les livres sont ce qui compte le moins à l’école ( ou dans nos écoles à la maison). Tout ce dont un enfant a besoin, c'est de savoir lire, écrire et compter; pour le reste, des outils, de la pâte à modeler, des sports, du théâtre, de la peinture et de la liberté suffiraient.
La majeure partie du travail de classe effectué par les adolescents n’est qu’une perte de temps, d’énergie et de patience. Il vole à la jeunesse son droit à jouer, à jouer encore et à jouer encore plus; il met de vieilles têtes sur de jeunes épaules.
Au cours de mes conférences dans les Écoles normales, je suis souvent ahuri par la manque de maturité de ces filles et ces garçons pleins de savoir inutile. Ah! ils en savent des choses. Ils brillent dans la dialectique, ils citent les classiques—mais dans leur perspective sur la vie, beaucoup d’entre eux sont des nouveau-nés. Tout cela parce qu’on leur a appris à savoir mais qu’on ne leur a pas permis de ressentir. Ces jeunes gens sont aimables, plaisants, passionnés, mais quelque chose leur manque – le facteur émotif, le pouvoir de subordonner la pensée au sentiment. Je leur parle d'un monde qui leur a manqué et qui leur manquera toujours. Leurs livres d'étude ne traitent pas du caractère humain, de l'amour, de la liberté, de l'autodétermination. Et ainsi le système se perpétue qui ne cherche ses modèles que dans les livres et qui sépare la tête du coeur.
Il est temps de remettre en question la notion de travail telle qu'elle est conçue dans nos écoles (ou dans nos écoles maison ). C'est aujourd'hui un dogme que l'enfant doit apprendre les mathématiques, l'histoire, la géographie, un peu de sciences, un peu d'art et, évidemment, la littérature. Il est temps que nous réalisions que la moyenne des jeunes ne s'intéresse pas beaucoup à aucun de ces sujets.
Je ne dénigre pas l’étude. Mais elle devrait venir après le jeu. Et elle ne devrait jamais être assaisonnée de jeu pour la rendre plus agréable au goût.
Étudier est important – mais pas pour tout le monde. Nijinsky1 n'avait pas pu passer ses examens à Saint-Pétersbourg et il lui était impossible d'appartenir au Ballet National russe sans ces examens. D'après une biographie, le Ballet National lui prépara un examen fictif, lui remettant les réponses en même temps que les questions. Quelle perte ç'eut été pour le monde si Nijinsky avait réellement dû passer ses examens.
Les créateurs apprennent ce qu’ils veulent apprendre, afin d’avoir les outils que leur originalité et leur génie exigent. Nous n’avons aucune idée des créations qui sont tuées dans les salles de classes ( ou dans nos maisons) où l’on insiste sur la nécessité de l’étude.
[...]
Si un maître d'école (ou un parent) qui voit des enfants jouer avec de la boue cherche à rendre l'expérience plus excitante en faisant une dissertation sur l'érosion du sol, quelle fin poursuit-il ? Y a-t-il des enfants qui s'intéressent à l'érosion ?
De nombreux prétendus éducateurs ne se soucient pas tant de ce que l'enfant apprend que de ce qu'on lui enseigne. Et, naturellement, avec les écoles que nous avons – où l'on fabrique en série -, que peut faire un maître d'école, sinon enseigner quelque chose et se convaincre que l'enseignement en lui-même est ce qui importe le plus ?
[...]
[...] Je ne raconte pas cela avec arrogance mais avec tristesse, afin de montrer à quel point les murs des salles de classe et les prisons que sont nos bâtiments scolaires réduisent la perspective de l'enseignant et l'empêchent de voir ce qui est essentiel dans l'éducation. Son travail ne concerne que cette partie de l'enfant qui est située au-dessus du cou et, forcément, la partie émotive et vitale chez l'enfant est pour lui un territoire étranger.
Je voudrais voir une plus grande rébellion chez les jeunes enseignants (et chez les parents) . Ni les études poussées, ni les diplômes universitaires ne pèsent dans la balance quand il faut faire face aux maux de la société. Un névrosé savant n’est en rien différent d’un névrosé moins savant.
Dans tous les pays, qu'ils soient capitalistes, socialistes ou communistes, des écoles sont bâties pour éduquer les jeunes. Mais les laboratoires et les ateliers rutilants n'aideront pas John, Pierre ou Ivan à surmonter les troubles émotifs et les maux sociaux entretenus par la pression qu'exercent sur eux leurs parents et leurs maîtres, aussi bien que la pression coercitive de notre civilisation. »
Bonne réflexion
Savane
Extrait de : « libres enfants de summerhill » , Alexander S.Neill, ISBN 978-2-7071-4216-0
NOTE: Les parenthèses en bleu sont de LEMAQ
1Vaslav Fomitch Nijinski, 1889-1950 -Danseur et chorégraphe russe d'origine polonaise.
L’apprentissage infini et le unschooling
Durant la dernière année, suite à plusieurs échanges avec certains parents, j’ai remarqué qu’il y avait une grande confusion dans l’esprit de ceux-ci quand le terme du unschooling était abordé. Je pense qu’il est nécessaire de partager ma vision du unschooling et de remettre les pendules à l’heure.
D’abord, je tiens à préciser que je préfère de loin utiliser le terme Infinite learning, qui veut dire apprentissage infini, plutôt que unschooling,. L’utilisation de ce nouveau terme aidera peut-être certains parents à comprendre qu’il est totalement faux de penser que lorsque nous vivons le unschooling, nous n’apprenons rien. Apprendre est l’essence même du unschooling. Apprendre est tellement puissant que nous reconnaissons la vie elle-même comme situation d’apprentissage.
Partout autour de nous, nous avons la matière* qui ne demande qu’à être vue et entendue différemment. Avec le unschooling , nous vivons ce que les cahiers d’école voudraient bien nous faire comprendre. C’est à dire : nous réfléchissons, nous formulons nos questions, nous découvrons nos réponses, nous critiquons nos propres raisonnements, nous suivons notre chemin, nous développons en nous la volonté , l’initiative, la liberté d’esprit, nous ouvrons notre pensée, finalement, nous bâtissons notre intelligence. Le unschooling est avant tout vivre le questionnement et faire nos connections avant d'en arriver à un processus. Tout «être» a besoin de temps pour assimiler des connaissances L’apprentissage se fait d’une manière tout à fait naturelle et le facteur temps ne se considère pas.
En tant que parent, nous reconnaissons que l’enfant fait ses propres connections et construit son univers. Nous accordons une confiance illimitée à sa curiosité naturelle, son désir d’apprendre plus grand que n’importe quel programme et/ou structure. L’enfant, par ses questionnements, nous éclaire et nous montre sa propre voie. Il nous suffit d’être là, à l’écoute de ce qu’il est et de ce qu’il vit. Par ses questionnements, il nous guide et nous l’accompagnons dans le développement de ses intérêts et de ses connaissances, en toute liberté. Dans l’amour, nous lui fournissons tout le support nécessaire en le nourrissant et en le respectant dans ce qu’il aime. Nous pouvons l’entourer de logiciels, de livres, de revues, de dictionnaires et d’une grammaire peut-être et/ou simplement répondre à ses questions avec nos propres connaissances! Nous lui donnons vraiment le moyen de trouver ses propres réponses et de se découvrir. Apprendre est un réel plaisir ou même une réelle passion , quand nous n’y sommes pas obligés.
Nous admettons que l’enfant est un être à part entière et qu’il a droit à sa propre personnalité, à son propre développement, à sa propre intelligence et nous nous refusons à faire de notre enfant une copie conforme de notre génétique. Finalement, nous reconnaissons l’unicité de notre enfant et de chaque être sur cette terre.
Certains parents croient que vivre le unchooling est laisser faire l’enfant dans tout ce qu’il veut faire. Ce n’est pas totalement faux et ni totalement vrai. Le unschooling c’est d’abord VIVRE, avoir du PLAISIR, JOUER! Chaque jour est rempli de mystères et d’émerveillement, car chaque jour est un nouveau PLAISIR, un nouveau JEU, et naturellement, une continuité de ce que nous aimons. En cueillant le plaisir, la vie s’ouvre à nous, à notre épanouissement et nous impose ses apprentissages. Que nos apprentissages soient à valeur humaine ou reliés à une matière*, seule la fusion de nos apprentissages nous prépare à la vraie vie1 . Nous sommes en apprentissage infini. Nous avons des principes comme dans toutes les autres familles. Nous mangeons, nous dormons, nous brossons nos dents, nous nous habillons et apprenons à vivre, à grandir ensemble en famille. Nous développons de bons comportements pour le bien être de toute notre famille. Nous grandissons dans le respect profond de ce que nous sommes, donc par le fait même, nous apprenons à respecter les autres, ce qui est essentiel au bon développement de notre communauté.
Savane
* je fais référence aux matières académiques vues à l’école ou avec les programmes
1- les programmes éducatifs ne sont que de la production de résultats sans connaissance de soi et ne prépare pas à la vie.
auteur(e): anonyme
source: http://tomate.poivron.org/
Heïdi
Collectif de parents offrant des pistes de réflexions sur l'éducation en général et sur l'école maison en particulier...parce qu'apprendre en famille, c'est naturel. École-maison, homeschooling, école à la maison.