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mercredi 15 octobre 2008

Reproduire le système à la maison

« Quelle portion de notre éducation est véritablement constructive, réellement consentie? Le travail manuel est trop souvent réduit à la confection de quelques objets fabriqués sous l’œil d’un expert. Même le système Montessori, reconnu comme un système d’enseignement imaginatif dirigé, n’est qu’un moyen artificiel de faire apprendre à l’enfant par l’activité. Je ne vois là rien d’imaginatif.

À la maison, on force constamment l’enfant à apprendre quelque chose. Dans presque tous les foyers, il y a toujours un adulte sans maturité d’esprit qui se précipite pour montrer à Tommy comment fonctionne son nouveau train électrique. Il y a toujours quelqu’un qui met bébé sur sa chaise quand il veut examiner quelque chose sur le mur. Chaque fois qu’on montre à Tommy comment marche son train électrique, on lui vole sa joie de vivre—la joie de la découverte—,la joie de vaincre l’obstacle. Bien pis, on l’amène à croire qu’il est inférieur et dépendant d’une aide extérieure.

Les parents sont lents à comprendre que l’enseignement donné à l’école ( ou dans leur école à la maison ) n’a vraiment aucune importance. Les enfants, comme les adultes n’apprennent que ce qu’ils veulent. Tous les prix, toutes les notes, tous les examens ne font que dévier le développement naturel de la personnalité. Seuls les pédants prétendent que l’on s’instruit dans les livres.

Les livres sont ce qui compte le moins à l’école ( ou dans nos écoles à la maison). Tout ce dont un enfant a besoin, c'est de savoir lire, écrire et compter; pour le reste, des outils, de la pâte à modeler, des sports, du théâtre, de la peinture et de la liberté suffiraient.

La majeure partie du travail de classe effectué par les adolescents n’est qu’une perte de temps, d’énergie et de patience. Il vole à la jeunesse son droit à jouer, à jouer encore et à jouer encore plus; il met de vieilles têtes sur de jeunes épaules.

Au cours de mes conférences dans les Écoles normales, je suis souvent ahuri par la manque de maturité de ces filles et ces garçons pleins de savoir inutile. Ah! ils en savent des choses. Ils brillent dans la dialectique, ils citent les classiques—mais dans leur perspective sur la vie, beaucoup d’entre eux sont des nouveau-nés. Tout cela parce qu’on leur a appris à savoir mais qu’on ne leur a pas permis de ressentir. Ces jeunes gens sont aimables, plaisants, passionnés, mais quelque chose leur manque – le facteur émotif, le pouvoir de subordonner la pensée au sentiment. Je leur parle d'un monde qui leur a manqué et qui leur manquera toujours. Leurs livres d'étude ne traitent pas du caractère humain, de l'amour, de la liberté, de l'autodétermination. Et ainsi le système se perpétue qui ne cherche ses modèles que dans les livres et qui sépare la tête du coeur.

Il est temps de remettre en question la notion de travail telle qu'elle est conçue dans nos écoles (ou dans nos écoles maison ). C'est aujourd'hui un dogme que l'enfant doit apprendre les mathématiques, l'histoire, la géographie, un peu de sciences, un peu d'art et, évidemment, la littérature. Il est temps que nous réalisions que la moyenne des jeunes ne s'intéresse pas beaucoup à aucun de ces sujets.

Je ne dénigre pas l’étude. Mais elle devrait venir après le jeu. Et elle ne devrait jamais être assaisonnée de jeu pour la rendre plus agréable au goût.

Étudier est important – mais pas pour tout le monde. Nijinsky1 n'avait pas pu passer ses examens à Saint-Pétersbourg et il lui était impossible d'appartenir au Ballet National russe sans ces examens. D'après une biographie, le Ballet National lui prépara un examen fictif, lui remettant les réponses en même temps que les questions. Quelle perte ç'eut été pour le monde si Nijinsky avait réellement dû passer ses examens.

Les créateurs apprennent ce qu’ils veulent apprendre, afin d’avoir les outils que leur originalité et leur génie exigent. Nous n’avons aucune idée des créations qui sont tuées dans les salles de classes ( ou dans nos maisons) où l’on insiste sur la nécessité de l’étude.

[...]

Si un maître d'école (ou un parent) qui voit des enfants jouer avec de la boue cherche à rendre l'expérience plus excitante en faisant une dissertation sur l'érosion du sol, quelle fin poursuit-il ? Y a-t-il des enfants qui s'intéressent à l'érosion ?

De nombreux prétendus éducateurs ne se soucient pas tant de ce que l'enfant apprend que de ce qu'on lui enseigne. Et, naturellement, avec les écoles que nous avons – où l'on fabrique en série -, que peut faire un maître d'école, sinon enseigner quelque chose et se convaincre que l'enseignement en lui-même est ce qui importe le plus ?

[...]

[...] Je ne raconte pas cela avec arrogance mais avec tristesse, afin de montrer à quel point les murs des salles de classe et les prisons que sont nos bâtiments scolaires réduisent la perspective de l'enseignant et l'empêchent de voir ce qui est essentiel dans l'éducation. Son travail ne concerne que cette partie de l'enfant qui est située au-dessus du cou et, forcément, la partie émotive et vitale chez l'enfant est pour lui un territoire étranger.

Je voudrais voir une plus grande rébellion chez les jeunes enseignants (et chez les parents) . Ni les études poussées, ni les diplômes universitaires ne pèsent dans la balance quand il faut faire face aux maux de la société. Un névrosé savant n’est en rien différent d’un névrosé moins savant.

Dans tous les pays, qu'ils soient capitalistes, socialistes ou communistes, des écoles sont bâties pour éduquer les jeunes. Mais les laboratoires et les ateliers rutilants n'aideront pas John, Pierre ou Ivan à surmonter les troubles émotifs et les maux sociaux entretenus par la pression qu'exercent sur eux leurs parents et leurs maîtres, aussi bien que la pression coercitive de notre civilisation. »

Bonne réflexion

Savane

Extrait de : « libres enfants de summerhill » , Alexander S.Neill, ISBN 978-2-7071-4216-0

NOTE: Les parenthèses en bleu sont de LEMAQ


1Vaslav Fomitch Nijinski, 1889-1950 -Danseur et chorégraphe russe d'origine polonaise.

vendredi 18 avril 2008

L’apprentissage infini et le unschooling

L’apprentissage infini et le unschooling

Durant la dernière année, suite à plusieurs échanges avec certains parents, j’ai remarqué qu’il y avait une grande confusion dans l’esprit de ceux-ci quand le terme du unschooling était abordé. Je pense qu’il est nécessaire de partager ma vision du unschooling et de remettre les pendules à l’heure.

D’abord, je tiens à préciser que je préfère de loin utiliser le terme Infinite learning, qui veut dire apprentissage infini, plutôt que unschooling,. L’utilisation de ce nouveau terme aidera peut-être certains parents à comprendre qu’il est totalement faux de penser que lorsque nous vivons le unschooling, nous n’apprenons rien. Apprendre est l’essence même du unschooling. Apprendre est tellement puissant que nous reconnaissons la vie elle-même comme situation d’apprentissage.

Partout autour de nous, nous avons la matière* qui ne demande qu’à être vue et entendue différemment. Avec le unschooling , nous vivons ce que les cahiers d’école voudraient bien nous faire comprendre. C’est à dire : nous réfléchissons, nous formulons nos questions, nous découvrons nos réponses, nous critiquons nos propres raisonnements, nous suivons notre chemin, nous développons en nous la volonté , l’initiative, la liberté d’esprit, nous ouvrons notre pensée, finalement, nous bâtissons notre intelligence. Le unschooling est avant tout vivre le questionnement et faire nos connections avant d'en arriver à un processus. Tout «être» a besoin de temps pour assimiler des connaissances L’apprentissage se fait d’une manière tout à fait naturelle et le facteur temps ne se considère pas.

En tant que parent, nous reconnaissons que l’enfant fait ses propres connections et construit son univers. Nous accordons une confiance illimitée à sa curiosité naturelle, son désir d’apprendre plus grand que n’importe quel programme et/ou structure. L’enfant, par ses questionnements, nous éclaire et nous montre sa propre voie. Il nous suffit d’être là, à l’écoute de ce qu’il est et de ce qu’il vit. Par ses questionnements, il nous guide et nous l’accompagnons dans le développement de ses intérêts et de ses connaissances, en toute liberté. Dans l’amour, nous lui fournissons tout le support nécessaire en le nourrissant et en le respectant dans ce qu’il aime. Nous pouvons l’entourer de logiciels, de livres, de revues, de dictionnaires et d’une grammaire peut-être et/ou simplement répondre à ses questions avec nos propres connaissances! Nous lui donnons vraiment le moyen de trouver ses propres réponses et de se découvrir. Apprendre est un réel plaisir ou même une réelle passion , quand nous n’y sommes pas obligés.

Nous admettons que l’enfant est un être à part entière et qu’il a droit à sa propre personnalité, à son propre développement, à sa propre intelligence et nous nous refusons à faire de notre enfant une copie conforme de notre génétique. Finalement, nous reconnaissons l’unicité de notre enfant et de chaque être sur cette terre.

Certains parents croient que vivre le unchooling est laisser faire l’enfant dans tout ce qu’il veut faire. Ce n’est pas totalement faux et ni totalement vrai. Le unschooling c’est d’abord VIVRE, avoir du PLAISIR, JOUER! Chaque jour est rempli de mystères et d’émerveillement, car chaque jour est un nouveau PLAISIR, un nouveau JEU, et naturellement, une continuité de ce que nous aimons. En cueillant le plaisir, la vie s’ouvre à nous, à notre épanouissement et nous impose ses apprentissages. Que nos apprentissages soient à valeur humaine ou reliés à une matière*, seule la fusion de nos apprentissages nous prépare à la vraie vie1 . Nous sommes en apprentissage infini. Nous avons des principes comme dans toutes les autres familles. Nous mangeons, nous dormons, nous brossons nos dents, nous nous habillons et apprenons à vivre, à grandir ensemble en famille. Nous développons de bons comportements pour le bien être de toute notre famille. Nous grandissons dans le respect profond de ce que nous sommes, donc par le fait même, nous apprenons à respecter les autres, ce qui est essentiel au bon développement de notre communauté.

Savane

* je fais référence aux matières académiques vues à l’école ou avec les programmes

1- les programmes éducatifs ne sont que de la production de résultats sans connaissance de soi et ne prépare pas à la vie.

samedi 12 avril 2008

Conte pour parents - 5

5.
Histoire des sciences

Dans les temps anciens, le monde entier allait à l'école.
Les cailloux, les plantes et tous les animaux allaient à l'école.
Les plus vieux apprenaient au plus jeunes comment se défendre et bien manger.
Les plus jeunes apprenaient au plus vieux à garder l'esprit ouvert et alerte.
Un baobab pouvait donner un cours de botanique à un jeune léopard,
Un caillou pouvait enseigner la méditation à des petits moineaux,
Le vent apprenait la danse à de jeunes flocons de neige
et le feu enseignait la magie.
On pouvait prendre des cours de self-défense avec un maître cactus,
des leçons de chant avec un rossignol
ou découvrir la géographie avec un pingouin.
Chacune et chacun choisissait quand, où, comment et avec qui apprendre.
Et tout le monde aimait l'école. C'était la grande école de la vie.
D'ailleurs ça ne s'appelait même pas l'école, ça s'appelait la vie !
et on ne disait pas "apprendre”, on disait "respirer”!

Puis un animal fier de lui-même, appelé homo sapiens tomba d'un arbre et
déclara un jour:« ça y est je sais tout !et je le sais mieux que tout le monde! »
Et il se nomma lui même « Grand Maître d'École »

Il découpa toute sa science en petits morceaux et se mit à faire la leçon en
distribuant de ces petits morceaux de savoir à qui voulait l'entendre.
Hors, il se trouva que personne ne voulait l'entendre.
Il essaya de donner des leçons de morale aux cailloux.
Mais les cailloux n'entendait rien à ce discours.
Il se mit à donner des cours d'économie aux oiseaux. Mais les oiseaux
voltigeaient à droite à gauche en n'ayant rien à faire des lois du marché.
Puis il essaya d'inculquer des notions d'éducation civique aux arbres, mais
les arbres faisaient la sourde oreille.
Un jour il voulut apprendre la politesse au feu et il se brûla les doigts.
Après quoi il faillit se noyer en tentant d'initier un fleuve à la discipline.
Ces cours d'arithmétique aux étoiles furent un vrai fiasco.
Et le vent n'a jamais suivi aucune de ses leçons de géopolitique.

Dés lors l'homo sapiens décida de se couper du monde et d'enseigner
n'importe quoi à ses propres enfants.
Mais ses enfants préféraient aller prendre des cours à l'école de la vie.
Alors il fit construire une prison pour enfants interdite aux animaux, aux
plantes et aux cailloux. Interdite au vent, et aux étoiles.
Les arrières arrières petits enfants de cet homo sapiens continuent de perdre
leur jeunesse dans la prison du maître d'école.
Alors que le monde autour d'eux continue de transmettre toutes sortes
d'enseignements vivants dans la grande école de la vie.


auteur (e): anonyme
source:tomatepoivron.org

jeudi 10 avril 2008

Conte pour parents - 4

4.
Travaux pratiques

Un autre jour, dans une autre école, le professeur avait demandé à ses élèves
ce qu'illes (ils/elles) pensaient de leur école. En disant d'abord ce qu'illes aimaient bien
et ensuite ce qu'illes n'aimaient pas.
– « Ce qui est bien dans l'école c'est qu'on apprend des tas de trucs...
– Et puis on peut se faire des copines et des copains...
– Et pendant la récré on peut jouer à cache-cache,
ou à chats perchés,
ou à
saute-mouton,
ou à la déli-délo,
ou à la balle au prisonnier ou à poule-renard-vipère...

– Et qu'est ce que vous n'aimez pas ?

– Moi ce que j'aime pas dans l'école c'est qu'on soit obligée d'y aller...
Et puis il faut se lever le matin et le cartable est trop lourd...
et puis il y a trop de devoir et trop de trucs à apprendre !
– et il faut rester assise tout le temps et on peut rien se dire pendant les cours!
– et il faut lever le doigt pour aller pisser...
– et on a pas le droit de penser différemment...
– et il faut obéir au prof...
– et faire tout ce qu'on nous dit et dire "oui monsieur”, "s'il vous plait madame”
– et on peut pas courir dans les couloirs...
– et on doit rester en rang par deux...
– et y a trop de contrôles !
– et moi j'aime pas les mathématiques !
– et moi j'aime bien dormir !
– et à la cantine c'est trop pas bon !
– et y a pas assez d'arbres dans la cour...
– et la déco elle est trop nulle !
– et puis y a des barreaux aux fenêtres...
– et les néons ils font mal aux yeux...
– et ça pue dans les toilettes !
– et les chaises, elles font mal au dos !
– et les divisions c'est trop difficile !
– et puis on s'ennuie à mourir...
– et les livres à lire sont beaucoup trop longs !
– et la grammaire personne n'y comprend rien !
– et l'exception doit confirmer la règle...
– et les cancres doivent confirmer les bons élèves...
– et moi je confirme que c'est débile !
– et moi j'ai peur d'avoir l'air idiote...
– et moi j'ai peur de me faire gronder.
– et moi j'ose pas dire ce que je pense.
– et moi j'ai tout le temps peur à l'école.
– et les vacances sont beaucoup trop courtes !
– et nous on est là enfermés toute la journée alors qu'il fait beau dehors !
– et on doit apprendre des trucs par coeur alors que c'est la guerre dans le
monde !
et la liste des trucs pas bien ne s'arrêtait pas... alors le professeur est
devenu tout pâle et puis il a dit pour de vrai:
« Bon et bien, nous allons faire une expérience: à partir de maintenant
faites tout ce que vous avez envie... »
Il y a eu un petit moment très court où personne n'a bougé... Et tout d'un
coup il y en a un qui a explosé au dernier rang en criant « WAHOU ! » et il
est sorti en sautant sur les tables.
Alors tous les enfants ont regardés le professeur pour voir si c'était vrai ce
qu'il avait dit et le professeur les a regardés l'air de dire: « et bien ? Qu'est
ce que vous attendez ? Allez-y! »
C'est à ce moment là que tous les enfants ont sautés de joie en hurlant et en
chantant et puis sont sortis de l'école pour faire ce qu'ils avaient envie:
Il y en avait qui avait envie d'aller se baigner, d'autres voulait parcourir le
monde, d'autres voulait passer du temps à jouer avec leurs amis, d'autres
encore voulaient simplement sauter partout en poussant des cris bizarres.
Un seul enfant était resté dans la classe car il avait envie d'être avec le professeur
« Et voilà c'est l'anarchie ! dit le professeur
­Qu'est-ce que c'est l'anarchie ? demanda l'enfant
­L'anarchie c'est, si tu veux, quand plus rien n'est obligatoire...
­ha c'est ça ? Alors moi j'aime bien l'anarchie...
­Et bien il se trouve que moi aussi ! » fit le professeur. Et il souriait.

auteur(e): anonyme

source: http://tomate.poivron.org/

mardi 11 mars 2008

"Mais comment apprendront-ils à lire?"

J'ignore où j'avais déniché cet extrait de "Professeur cherche élève ayant désir de changer le monde" de Daniel Quinn mais il y a plusieurs mois que je l'ai dans mes dossiers et je sais que je ne l'avais pas tapé moi-même. Alors je remercie publiquement la personne qui avait pris le temps de le retranscrire et de l'afficher.

* * * * * * * * * * * * *
Ishmael hocha la tête.
"Durant les premières années d'enfance, votre système ne diffère pas du système tribal. Vous dialoguez tout simplement avec vos enfants pour votre agrément mutuel, et vous les laissez circuler dans presque toute la maison. Vous ne leur permettez pas de se pendre au lustre pour s'y balancer ni d'enfoncer des fourchettes dans les prises de courant, mais pour le reste, ils sont libres d'aller et venir à leur guise. A quatre ou cinq ans, les gosses veulent pousser plus loin leur exploration et ils ont en général accès au voisinage immédiat de la maison. Ils ont le droit de rendre visite à leurs petits voisins de palier ou d'étage. C'est un peu l'équivalent d'un cours de sciences sociales: à ce stade, les enfants commencent à se rendre compte que les familles ne sont pas toutes pareilles. Elles diffèrent par le nombre, le style, les façons de vivre. C'est alors que dans votre système, on envoie les enfants à l'école, où leurs mouvements sont contrôlés en permanence. Dans le système tribal, cela ne se produit pas; à six ou sept ans, les enfants commencent à avoir des centres d'intérêt divers, certains sont casaniers, d'autres plus aventureux..."

Je levai la main. "Comment font-ils pour apprendre à lire?"

- Julie, pendant des centaines de milliers d'années, les enfants ont réussi à apprendre ce qu'ils avaient envie et besoin d'apprendre. Ils n'ont pas changé.

- Oui, mais comment ils apprennent à lire?

- Comme ils ont appris à parler, en cotoyant des gens qui lisent. Je sais, on t'a poussée à te méfier de ce processus. On t'a enseigné qu'il vaut mieux laisser ça à des professionnels, mais ceux-ci ont un taux de réussite pour le moins discutable. Rappelle-toi que les gens de ta culture ont appris à lire pendant des milliers d'années sans que les professionnels se chargent de leur enseigner. Le fait est que des enfants qui grandissent dans un foyer où la lecture se pratique finissent par savoir lire.

- Oui, mais les gosses ne naissent pas tous dans une maison où on lit.

- Prenons par exemple un enfant qui naît et grandit dans un foyer où les parents sont complètement illettrés. Où ils ne savent même pas lire une recette de cuisine ou une facture d'électricité.

- D'accord.

- A quatre ans, l'enfant commence à élargir son cercle de relations. Allons-nous supposer que tous ses voisins sont eux-mêmes complètement illettrés? C'est aller un peu loin, mais admettons. A cinq ans, l'enfant agrandit encore son champ d'action. Il semble peu probable que tout son entourage soit illettré. L'enfant est environné et bombardé de messages écrits, intelligibles pour une bonne partie de ceux qui l'entourent, en particulier les enfants de son âge qui n'hésitent pas à se vanter auprès de lui. Il n'acquerra pas tout de suite un excellent niveau, mais à son âge, de toute façon, il serait encore à étudier l'alphabet s'il était à l'école. Immanquablement, il apprend ce qu'il lui faut, ce dont il a besoin, Julie. Je lui fais confiance. Je suis certain qu'il accomplira ce que des petits humains ont réalisé pendant des centaines de milliers d'années. Ce dont il a besoin maintenant, c'est de savoir faire les mêmes choses que ses camarades.

- Oui, ça paraît logique.

- A six ou sept ans, alors que le rayon d'action de l'enfant continue de s'élargir, il veut avoir un peu d'argent de poche, comme ses petits copains. Il n'a pas besoin d'aller en classe pour apprendre à compter et à distinguer les pièces de monnaie. Il assimilera l'addition et la soustraction tout naturellement, comme l'air qu'il respire, non parce qu'il est doué en mathématiques, mais parce qu'il en a besoin au fur et à mesure qu'il avance dans le monde et dans la vie.

Partout, les enfants sont fascinés par le travail que leurs parents font à l'extérieur de la maison. Dans notre nouveau système tribal, les parents comprendront qu'impliquer leurs enfants dans leur vie active est une alternative qui vaut mieux que de dépenser des milliards par an pour des écoles qui ne sont, en fait, que des centres de détention. Il ne s'agit pas de transformer les enfants en apprentis, loin de là, mais de leur donner accès à ce qu'ils ont envie de connaître, et tous les enfants ont envie de savoir à quoi s'occupent leurs parents quand ils sont absents. Une fois lâchés dans un bureau, les enfants se comportent comme à la maison, ils fouillent partout, ouvrent les tiroirs et jouent avec toutes les machines, depuis le tampon-encreur jusqu'à la photocopieuse en passant par l'ordinateur. Et s'ils ne savent pas encore lire, ils ne manqueront pas d'apprendre, parce qu'il n'y a pas grand-chose à faire dans un bureau quand on ne sait pas lire. Non qu'il faille empêcher les enfants de vous aider. A cet âge-là, ce qu'ils préfèrent par-dessus tout, c'est avoir l'impression qu'ils aident leur papa et leur maman. Cette fois encore, cet élan ne leur est pas inculqué, il est inscrit dans leurs gènes.

Dans les sociétés tribales, on trouve tout naturel que les enfants aient envie de travailler avec leurs aînés. Le milieu du travail et le milieu social ne font qu'un. Ce n'est pas pour cela qu'on les exploite. Ce genre de choses n'a pas cours là-bas. On n'attend pas des enfants qu'ils travaillent comme des ouvriers à la chaîne. Mais comment apprendraient-ils, sinon en faisant?

Quand ils ont épuisé les différentes possibilités d'apprendre et de s'amuser qu'offre le lieu de travail de leurs parents, et cela vient vite, surtout si les tâches s'y répètent inlassablement, ils tournent leur regard ailleurs. Aucun enfant ne trouvera longtemps passionnant d'empiler des boîtes de conserve dans une épicerie. Le reste du monde l'attend dehors. Supposons qu'aucune porte ne lui soit fermée. Imagine ce qu'un jeune de douze ans avec un fort penchant pour la musique pourrait acquérir dans un studio d'enregistrement. Ce qu'un garçon du même âge qui s'intéresse aux animaux apprendraient dans un zoo. Ce qu'un gosse attiré par la peinture découvrirait dans un atelier d'artiste. Et ce qu'un gamin de dix ans attiré par le monde du spectacle pourrait apprendre dans un cirque.

Les écoles ne seraient pas frappés d'interdiction, bien-sûr, mais celles qui attireraient les étudiants sont celles qui les attirent à l'heure actuelle, beaux-arts, musique, danse, sport, etc. Les études supérieurs, celles qui mènent à la recherche et aux professions libérales, intéresseraient les étudiants plus âgés. L'important, c'est qu'aucune de ces écoles ne se rapprocherait d'un centre de détention. Elles auraient pour vocation de dispenser aux étudiants les connaissances qu'ils veulent vraiment acquérir et dont ils espèrent se servir un jour.

On pourrait m'objecter qu'un tel système éducatif ne produirait pas des étudiants "accomplis". Mais cette objection témoigne encore du manque de confiance dont votre culture fait preuve envers vos enfants. Sous prétexte que tout serait libre d'accès dans le monde, les enfants ne s'accompliraient pas sur le plan éducatif? L'idée est absurde, je ne vois pas pourquoi il en serait ainsi. Il n'y aurait pas d'âge limite à 18 ou 21 ans, à quoi bon? En fait, rares sont ceux et celles qui aspireraient à l'idéal de la Renaissance, à mon avis. Si vos connaissances se bornent à un seul domaine et suffisent à vous contenter, quel que soit celui que vous avez choisi, chimie, menuiserie, informatique ou anthropologie, cela ne regarde que vous. A chaque génération, il se trouve des candidats pour toutes les spécialités existantes. Je n'ai jamais entendu parler d'une discipline qui ait disparu faute de postulants. Chaque génération engendre des passionnés qui brûlent d'étudier les langues mortes, sont fascinés par les effets de la maladie sur le corps ou veulent percer les secrets du comportement des rats. Et cela vaudrait aussi pour le système tribal.

Evidemment, avoir des enfants dans les jambes quand on travaille nuit à l'efficacité et à la productivité. Mieux vaut les parquer dans les centres éducatifs: c'est terrible pour eux, mais excellent pour les affaires. Et le système que je viens d'exposer ne s'implantera jamais chez ceux de ta culture tant que vous ferez passer les affaires avant les êtres.

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Professeur cherche élève ayant désir de sauver le monde
de Daniel Quinn (en anglais: My Ishmael)
ISBN-10: 2843370701
ISBN-13: 978-2843370700
Description: Voici les termes de l'annonce passée par Ishmael, le gorille philosophe capable de communiquer par télépathie. Mais c'est une petite Julie de 12 ans, "assez vieille pour voler des voitures et vendre du crack" qui y répond. Au début perplexe, Ishmael acceptera de la former et découvrira une élève curieuse et attentive, spontanée et impertinente. Il l'amènera à s'intéresser à bien des maux de nos sociétés actuelles : l'abaissement du niveau d'instruction des jeunes, l'accroissement de la délinquance et de la violence, les inégalités sociales, les sectes... Une réflexion sur notre modèle de civilisation et notre notion du progrès.

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Gaia écrit maintenant sur son blog personnel Apprentissage Infini

mardi 22 mai 2007

Bulles




"L'école de la vie n'a point de vacances."
- Proverbe français



"Quand maman est fatiguée, pourquoi c'est moi qui doit aller se coucher ?"
- Paroles d’enfant

mardi 10 avril 2007

La Responsabilité de l'Éducation

Le saviez-vous?


(Le code civil du Québec (Baudouin-Renaud 2003-2004)

Livre deuxième, De la famille, Titre quatrième, De l'autorité parentale:

Art. 599 Les père et mère ont, à l'égard de leur enfant, le droit et le devoir de garde, de surveillance et d'éducation.

Ils doivent nourrir et entretenir leur enfant. 1991, c.64, a.599 (1994-01-01))

Art. 600 Les père et mère exercent ensemble l'autorité parentale.
Si l'un deux décède, est déchu de l'autorité parentale ou n'est pas en
mesure de manifester sa volonté, l'autorité parentale est exercée par l'autre. 1991, c. 64, a. 600 (1994-01-01))

Art. 601 Le titulaire de l'autorité parentale peut déléguer la garde, la surveillance ou l'éducation de l'enfant. (1991, c. 64, a. 601 (1994-01-01))


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