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lundi 3 novembre 2008

jeudi 10 avril 2008

Conte pour parents - 4

4.
Travaux pratiques

Un autre jour, dans une autre école, le professeur avait demandé à ses élèves
ce qu'illes (ils/elles) pensaient de leur école. En disant d'abord ce qu'illes aimaient bien
et ensuite ce qu'illes n'aimaient pas.
– « Ce qui est bien dans l'école c'est qu'on apprend des tas de trucs...
– Et puis on peut se faire des copines et des copains...
– Et pendant la récré on peut jouer à cache-cache,
ou à chats perchés,
ou à
saute-mouton,
ou à la déli-délo,
ou à la balle au prisonnier ou à poule-renard-vipère...

– Et qu'est ce que vous n'aimez pas ?

– Moi ce que j'aime pas dans l'école c'est qu'on soit obligée d'y aller...
Et puis il faut se lever le matin et le cartable est trop lourd...
et puis il y a trop de devoir et trop de trucs à apprendre !
– et il faut rester assise tout le temps et on peut rien se dire pendant les cours!
– et il faut lever le doigt pour aller pisser...
– et on a pas le droit de penser différemment...
– et il faut obéir au prof...
– et faire tout ce qu'on nous dit et dire "oui monsieur”, "s'il vous plait madame”
– et on peut pas courir dans les couloirs...
– et on doit rester en rang par deux...
– et y a trop de contrôles !
– et moi j'aime pas les mathématiques !
– et moi j'aime bien dormir !
– et à la cantine c'est trop pas bon !
– et y a pas assez d'arbres dans la cour...
– et la déco elle est trop nulle !
– et puis y a des barreaux aux fenêtres...
– et les néons ils font mal aux yeux...
– et ça pue dans les toilettes !
– et les chaises, elles font mal au dos !
– et les divisions c'est trop difficile !
– et puis on s'ennuie à mourir...
– et les livres à lire sont beaucoup trop longs !
– et la grammaire personne n'y comprend rien !
– et l'exception doit confirmer la règle...
– et les cancres doivent confirmer les bons élèves...
– et moi je confirme que c'est débile !
– et moi j'ai peur d'avoir l'air idiote...
– et moi j'ai peur de me faire gronder.
– et moi j'ose pas dire ce que je pense.
– et moi j'ai tout le temps peur à l'école.
– et les vacances sont beaucoup trop courtes !
– et nous on est là enfermés toute la journée alors qu'il fait beau dehors !
– et on doit apprendre des trucs par coeur alors que c'est la guerre dans le
monde !
et la liste des trucs pas bien ne s'arrêtait pas... alors le professeur est
devenu tout pâle et puis il a dit pour de vrai:
« Bon et bien, nous allons faire une expérience: à partir de maintenant
faites tout ce que vous avez envie... »
Il y a eu un petit moment très court où personne n'a bougé... Et tout d'un
coup il y en a un qui a explosé au dernier rang en criant « WAHOU ! » et il
est sorti en sautant sur les tables.
Alors tous les enfants ont regardés le professeur pour voir si c'était vrai ce
qu'il avait dit et le professeur les a regardés l'air de dire: « et bien ? Qu'est
ce que vous attendez ? Allez-y! »
C'est à ce moment là que tous les enfants ont sautés de joie en hurlant et en
chantant et puis sont sortis de l'école pour faire ce qu'ils avaient envie:
Il y en avait qui avait envie d'aller se baigner, d'autres voulait parcourir le
monde, d'autres voulait passer du temps à jouer avec leurs amis, d'autres
encore voulaient simplement sauter partout en poussant des cris bizarres.
Un seul enfant était resté dans la classe car il avait envie d'être avec le professeur
« Et voilà c'est l'anarchie ! dit le professeur
­Qu'est-ce que c'est l'anarchie ? demanda l'enfant
­L'anarchie c'est, si tu veux, quand plus rien n'est obligatoire...
­ha c'est ça ? Alors moi j'aime bien l'anarchie...
­Et bien il se trouve que moi aussi ! » fit le professeur. Et il souriait.

auteur(e): anonyme

source: http://tomate.poivron.org/

mardi 8 avril 2008

Conte pour parents - 2

Bonjour,

j'espère que vous avez apprécié la lecture du premier conte. N'hésitez pas à laisser un commentaire. Voici le second conte du carnet.

Bonne lecture !

Heïdi


2.
Une école tout à fait ordinaire

Voilà, c'est une histoire qui se passe dans une école. Une école tout à fait ordinaire. Avec des salles de classes, une cour de récréation, un préau et tout le tralala. Alors, pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu'est une école tout a fait ordinaire, pour n'y être jamais allée, je dois vous expliquer deux ou trois choses:

D'abord pour y aller, il faut absolument se lever très tôt le matin.
C'est pour ça que le matin on fait sonner un réveil.
Un réveil ça fait un bruit insupportable, ça hurle: « ON PEUT PAS RESTER AU LIT CE MATIN, CAR ON EST OBLIGÉE DE SE LEVER POUR ALLER à L'ÉCOLE ! »
Alors pour toutes celles et tout ceux qui aiment bien dormir le matin,
ou simplement rester au lit à se raconter les rêves de la nuit...
Et bien le hurlement du réveil est une vraie torture !

Bon, s'il y avait école qu'un seul jour par an, à la rigueur ça irait... On se dirait: « Bon d'accord c'est le jour de l'école... » et on ferait un effort... Mais c'est tous les jours, le jour de l'école ! C'est tous les jours, qu'il faut faire un effort !
C'est tous les jours, que le réveil hurle à l'oreille !
Tous les jours qu'il faut se lever même si on a pas envie !
Tous les jours... sauf le dimanche.
Le dimanche on a le droit de rester au lit autant qu'on veut et c'est pour ça que le dimanche, c'est le jour qu'on préfère. En vrai, ça devrait être tous les jours dimanche... Mais non, en fait le dimanche c'est que un jour sur sept, tous les autres jours c'est réveil, c'est debout, c'est école!

Et c'est pas tout ! Parce qu'à la rigueur, d'être obligée de se réveiller très tôt le matin pour aller dans un immense parc à jeux pour faire tout ce qu'on a envie, ce serait peut-être possible, faut voir...
Mais l'école n'est pas tout à fait un immense parc à jeux où on peut faire tout ce qu'on a envie... Non, pas tout à fait...

Alors c'est vrai qu'il y a les récréations. Et que théoriquement pendant les récréations on peut s'amuser. Enfin presque...
Parce que pendant les récréation, par exemple, on peut pas courir toute nue dans la forêt. Non, ça on peut pas. Parce qu'on est même pas dans la forêt !On est dans une cour fermée, le plus souvent recouverte de béton et on a pas le droit de sortir, ni de courir toute nue.
­et ça je comprends vraiment pas pourquoi!­
Enfin toujours est-il qu'il y a des surveillants ou des surveillantes qui vérifient qu'on s'échappe pas et qu'on court pas toute nue.
Parfois il y a un arbre et un bac à sable et ça veut dire qu'on a de la chance parce que des fois y a rien du tout à part quatre poteaux pour dire que si on veut, on peut jouer au foot.

Mais bon, c'est vrai qu'au moins on est en plein air... Sauf quand il pleut où là on peut même pas jouer à sauter dans les flaques parce qu'on doit rester sous le préau parce que sous le préau là il pleut pas.
Enfin malgré tout ça, c'est quand même la récréation le meilleur moment de l'école.
On serait peut-être d'accord pour y aller tous les jours si c'était tout le temps la récréation, même si on peut pas y faire tout ce qu'on a envie. Mais non, l'école c'est pas tout le temps la récréation. La récréation c'est seulement de temps à autres entre deux sonneries de cloches qui ressemblent à la sonnerie du réveil.
Parce que là c'est pareil, si on a envie de continuer à jouer ou juste de finir une partie de chat perché et bien c'est plus possible: y a la cloche qui hurle:
« ON PEUT PAS JOUER TOUTE LA VIE ! ON EST OBLIGÉE
D'ARRETER POUR RETOURNER EN CLASSE MAINTENANT ! »

Et alors en classe c'est incroyable!
On peut pas imaginer ce que c'est si on y est jamais allée...
C'est dingue tout ce qu'on a pas le droit de faire dans une classe:
On a pas le droit de sortir, de courir ni toute nue,
ni même habillée
On a pas le droit de sauter partout, de chanter, de danser
On a pas le droit de jouer même dans le calme
On a pas le droit de crier, ni même de parler à son voisin ou à sa voisine,
ni de faire aucun bruit d'aucune sorte
On a pas le droit de dormir, on a même pas le droit de rêver ou d'être ailleurs
et même pour aller faire pipi ou caca il faut demander la permission.
En fait on a juste le droit de rester assis derrière une table et de copier dans
un cahier ce que le maître ou la maîtresse écrit sur un grand tableau noir.

On est obligée de répondre quand on nous pose une question
On est obligée de comprendre ce qu'on nous dit ou alors il faut l'apprendre
par coeur sinon on a une mauvaise note et ça c'est le début de très gros problèmes.
On est obligée d'avoir de bonnes notes et sans tricher, parce que si on triche, par exemple en copiant sur sa voisine ou son voisin, alors là les problèmes sont encore plus gros.
Et tous ces problèmes peuvent devenir encore mille fois plus gros si on décide de courir toute nue dans la forêt au lieu d'aller dans cet enfer où on a droit à rien et où on nous oblige au pire.

On pourrait penser qu'après un tel calvaire ,qui dure une journée entière, on est en droit de se reposer. Mais non, il y a les devoirs, les devoirs d'école à faire chez soi. Les devoirs tous les soirs pour ne pas oublier que le cauchemar recommence le lendemain. Comme ça on est toujours obligée de faire autre chose que ce qu'on a envie de faire. Comme ça on oublie ce qu'on a vraiment envie de faire et on en vient à accepter tous les jours le hurlement du réveil, d'être enfermée toute la journée, de retourner
en classe après la récréation et de faire ses devoirs à la maison et on en vient à trouver ça normal !

Heureusement de temps à autre y a pas d’école !
C'est jour férié ou bien c'est les vacances.Les vacances c'est la vraie vie !
Alors pour pas qu'on puisse en profiter il y a les colonies de vacances et
les devoirs de vacances avec des cahiers de vacances pour que même les
vacances ressemblent à l'école.
Je sais que ça parait incroyable mais tout ça existe en vrai.

Et si vous me demandez pourquoi on empêche les enfants de profiter de la vie et pourquoi c'est précisément à l'âge où on veut découvrir le monde qu'on nous enferme et que tout le reste de notre vie on devra travailler pour peut-être profiter de nos derniers jours alors qu'on sera trop vieilleux pour se rappeler ce que ça veut dire "profiter de la vie.”... et bien, si vous me posez une question pareille... J'avoue que je ne saurais pas quoi répondre.

auteur(e): anonyme
source: http://tomate.poivron.org/

dimanche 6 avril 2008

Contes pour parents - 1

Cette semaine, je vous propose une série de contes thématiques que j’ai lu sur un site Français. Chacun des contes a un style propre à lui. Le sujet traité est toujours le même mais chaque style a la capacité d’amener à différentes prises de conscience, surtout pour nous, adultes et parents, qui avons été « formés » par l’école du système. Je crois que ces écrits ont le pouvoir de nous aider à nous « déscolariser », à acquérir plus de lucidité envers notre monde, ce qu’il est, ce qu’on veut qu’il soit, ce qu’on en fait. Je vous souhaite de prendre plaisir à ces lectures et au partage et aux réflexions qui suivront.

Heïdi



1. Message prioritaire du XXIIème au XXIème
.................................................................................................................
................je vous écris du rebut ........
c'est là qu'on jette celles-ceux qui sont pas comme
les autres.......Je n'ai pas de défaut apparent
mais j'ai échoué au test de BP (Bonne Pensée).
En sortant du moule de l' UCLO (l'Usine de
CLOnage) où nous devons simuler une VC (Vie
Collective ) et faire preuve de ...BP .........
........J'ai été parfaitement bien moulé-e.....
..mais à un moment très précis j'ai pensé:..
« Ai-je le droit de ne pas être d'accord ? »..
et j'ai été immédiatement interpellé-e et mis-e
au rebut............................... .......
......Heureusement je ne suis pas seul-e.......
ici la rébellion s'organise....................
.........Nous ne pouvons pas bouger............
Mais nous pouvons essayer de nous poser des
questions.........Nous pouvons tenter de voir
les choses sous un autre angle.............
Tout cela est une aventure inédite pour nous
qui avons subi-es un CNC(Complet Nivellement de
Cerveau).......................................
Grâce à un défaut de notre puce mémoire,.... il
nous est possible d'envoyer des messages dans
le passé...................................
Si tout marche comme prévu vous devriez
recevoir ceci aux environs du
...................XXIème....................
Nous demandons instamment aux générations
passées de se poser toutes les questions
......que nous n'arrivons plus à formuler....
.............................................
Car il nous est apparu que le fait d'être
Tous-tes pareil-les empêche de se poser des
questions ........et donc empêche de pouvoir
.........changer quoi que ce soit............
.............................................
Il semblerait que la technique du CNC
(Complet Nivellement de Cerveau) soit une
extension des méthodes pédagogiques de votre
siècle.......................................
Les UCLO (Usine de Clonage) sont toutes
d'anciennes écoles dont on a conservé
l'inscription d'origine:.....................
.......« Liberté, Égalité, Fraternité ».....
....C'est pourquoi nous vous demandons.......
..........de ne pas penser en bloc ...........et
si possible de détruire les premiers moules
.............................................



Source

dimanche 18 mars 2007

Deux et deux font quatre




L'école devrait toujours avoir pour but de donner à ses élèves une personnalité harmonieuse,
et non de les former en spécialiste.
- Albert Einstein

dimanche 18 février 2007

Complices des Enfants
par Léandre Bergeron

Les parents sont des gens dangereux. Mais, les éducateurs le sont davantage car ils n’ont aucun engagement profond vis-à-vis l’enfant. Il n’ont que leurs petits intérêts représentés par leur salaire. Entre deux maux, au nom de nos enfants, choisissons le moindre. Comme parents, tout dangereux que nous sommes, assumons l’entière responsabilité de l’épanouissement de nos enfants. Ne la refilons pas à d’autres, car, alors, ce n’est pas l’épanouissement mais la catastrophe. Assumer cette responsabilité c’est refuser la rupture qui se produit quand, en tant qu’adulte, nous laissons s’infiltrer entre nous et l’enfant, la destructive pensée de ce que l’enfant doit être, doit savoir. (Évidemment, tant et tant d’adultes ne peuvent même pas sentir le danger de cette rupture, car ils sont en perpétuel était de séparation avec eux-mêmes, avec les autres, avec leurs enfants. Et les enfants sont alors objets, à posséder, à contrôler, à mettre en boîte, une pâte visqueuse à modeler selon un idéal social, aberrant par définition.)

L’école est, par définition, cette rupture. On nous kidnappe nos enfants pendant les meilleurs heures de la journée pour nous les rendre, tout croches, épuisés, et « Occupez-vous-en maintenant car demain on recommence. L’enfant dit « Je ne veux pas aller à l’école ». Il ne veut pas cette rupture, cette séparation, ce déchirement. Il pleure, il crie. Si on s’est habitué aux pleurs, aux cris de nos enfants, si on est soi-même « éducateur », si on a soi-même embarqué dans l’idéologie du divorce, du devrait être, on dit : « C’est un caprice. Marche à l’école ». Ou on le cajole avec du nanan. À l’américaine, on dore la pilule en disant : « Come on, Johnny, school is fun! Mais si on n’a pas embarqué dans cette machination aliénante, on dit à l’enfant : « Tu as raison. Reste avec moi. » Mais alors, grands dieux, son éducation?!! Et la peur renaît. Que faire ?

Faire son « éducation » à la maison? Faire la même chose qu’à l’école mais en dorant la pilule ? Se fendre en quatre pour rencontrer les soi-disant normes de l’écoles ? * Et se retrouver en bout de ligne, épuisés, avec à peu près les mêmes résultats ? Non, merci. Si, comme être humains, on a refusé la rupture avec ceux qui sont sortis de nos corps, nos, enfants; si on est soi-même assez décroûté pour écouter nos enfants quand ils nous parlent pour nous dire qu’ils ne veulent pas se faire traiter comme des chiens savants, alors là, on fiche par-dessus bord tous les programmes, toutes les « normes », toutes les incessantes comparaisons, les tests, les appareils de torture de l’esprit humain; on se vide de tous ces schémas conformistes, ces cadres de pensée qui emprisonnent et l’on embrasse son enfant et la vie. Et on l’écoute.

On ne lui dit plus : « Il faut que tu saches ceci à ton âge, etc. » On rompt définitivement avec le devrait savoir, le devrait être, le devrait penser, le devrait faire. On lui fiche la paix. On le respecte. On voit à son bien-être, c’est-à-dire qu’on devient son complice. Ensemble, on est complices, envers et contre tout et tous s’il le faut. Et là, tout change.

Quand l’enfant sent dans la profondeur de son être que l’adulte dont il dépend pour survivre n’est pas son geôlier mais son complice dans l’action de vivre, il veut tout savoir, tout apprendre, tout connaître, mais en temps et lieu. Et il s’ouvre comme une fleur au soleil. Et là, plus d’effort. Tout vient. Ses questions surgissent. Et on répond à toutes ses questions dans l’humilité car, en fait, on en sait pas grand-chose. Et quand il pose des questions auxquelles il n’y a pas de réponse, on partage avec lui la question sans réponse. « Qui a créé le monde? » Aucun être humain un peu sensé ne donnera de réponse à cette question. On partage le « je ne sais pas » et dans ce partage du « je ne sais pas », non pas la peur, mais l’émerveillement, qui est le premier pas vers la sagesse. Ceux qui savent, ne savent rien. Ils croient savoir. Ils « s’expliquent » le monde avec des formules pour se rassurer. De la poudre aux yeux. Regardez aller nos intellectuels dans tous les domaines. Ils croient savoir et quel désastre ils ont fait et continuent de faire de ce monde.

Nos intellos ont créé des camps de concentration appelés écoles où l’on concentre notre jeunesse dans des abstractions, loin de la vraie vie tout en leur racontant qu’on les prépare à la vie. Concentre 20, 30 enfants dans une boîte de béton avec un intello qui croit savoir et monnaie ce petit « savoir » au nom de l’ « instruction publique », quelle indécence ! Nos enfants veulent embrasser le monde, la vie, et on leur offre des blocs de béton fluo à regarder avec un clown, devant, qui se démène dans l’abstrait. Conditionnés à l’école à n’être que des voyeurs à travers l’abstraction de la langue et des gadgets pédagogiques, il n’est pas surprenant qu’abrutis de la sorte ils soient, à la maison, voyeurs de télévision et dans la rue, des vandales. L’école produit les vandales et les drogués qui encombrent les rues des villes comme elle produit ceux qui réussissent, ces autres drogués, mais légitimes ceux-là, droguées de petits pouvoirs sur les autres, politiciens, entrepreneurs, administrateurs, professionnels.

On a dit, il y a cent ans : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons. » Belle illusion de fin dix-neuvième. On bâtit toujours autant de centres de détention qu’on bâtit d’écoles, et les prisons sont tellement pleines que s’il fallait détenir tous ceux que la « justice » veut enfermer, on y retrouverait à peu près en nombre l’équivalent de la population scolaire actuelle. La détention de nos enfants dans les écoles est un crime contre l’humanité.

On détient nos enfants au nom de leur éducation, mais, en fait, quelle est cette « éducation »? C’est d’abord et avant tout l’obéissance. On leur apprend à se soumettre. Autrefois, c’était se soumettre aux diktats de l’église. Aujourd’hui, c’est aux diktats de l’état. Changement de costume, c’est tout. Mais toujours le même terrorisme. « Si tu sais pas ceci, cela, t’auras jamais de job! » On fait peur aux enfants pour qu’ils se soumettent. Or, la soumission au régime de l’État et de la « bonne » société qui en contrôle les rouages est un dressage social, dressage de petits singes savants qui doivent fonctionner dans cette société pourrie d’ambition, de cupidité et d’égoïsme éhonté, cancers sociaux causés eux-mêmes par la peur, la peur de ne pas être, de ne pas être quelqu’un, de ne pas être accepté, etc.

L’école se sert donc de la peur pour perpétuer le régime de la peur. L’école perpétue le cercle vicieux. Elle joue bien son rôle. Or, il semble qu’au fond de nous-mêmes nous sentons que nous ne sommes pas nés pour n’être que des singes plus ou moins savants (cela tous les décrocheurs le manifestent instinctivement). Il semble que, si nous sommes nés pour quelque chose, c’est bien pour la liberté. Parmi toutes les « libertés » que nous cherchons, il s’agit de la fondamentale, se libérer de la peur. Pour briser le cercle vicieux et infernal de la peur, il faut le briser quelque part et ce lieu est en soi-même. Cela fait, les évidences sautent aux yeux et on voit que si la nature a été assez généreuse pour nous donner charge d’enfants, il va de soi qu’on ne va pas les soumettre à un régime de peur. On ne les envoie pas à l’école. On s’en charge soi-même. On leur permet de se développer dans la liberté.

S’en charger soi-même c’est vraiment se décharger du poids des conformismes, des devrait être, devrait savoir, devrait faire. Et on se rend compte du poids qu’ils sont quand on les met à terre. On se sent léger, rajeuni. Comme les enfants eux-mêmes (s’ils ne les portent pas déjà). La complicité s’installe. On fait confiance aux enfants. Et on découvre en eux un sens de la vérité plus fort que chez n’importe quel philosophe patenté; un sens de la justice qui ferait pâlir la Cour Suprême; un sens de l’honnêteté à faire frémir tous les politiciens, un sens de la beauté qui met au rancart toutes ces « expressions artistiques » sonores, visuelles, littéraires; un sens moral qui est vitriol sur le masque des bien-pensants, une générosité à faire rougir les preux chevaliers d’antan.

Quand on se rend compte du potentiel de changement social que représentent les enfants qui ne subissent pas la rupture, on comprend pourquoi la société adulte, pétrie de peur qui amène avarice, lâcheté, bassesse, soumission, s’imposerait de mettre au pas par son système scolaire ces agent libres que sont nos enfants à leur arrivée parmi nous.

Et on comprend mieux les paroles d’un décroché qui a dit en passant : « Si vous ne redevenez pas comme les enfants, you’re going nowhere. »


* Note LEMAQ : Où pour rencontrer les procédures suggérées par une association provinciale ?

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Gaia écrit maintenant sur son blog personnel Apprentissage Infini